Un escargot ce matin, au milieu de l’allée du jardin encore humide de la pluie nocturne. Il est là, immobile, comme si ce premier effort, cette première sortie le fatiguait déjà. Je reste là à l’observer. Il ne bouge pas. Puis ses cornes s’animent, comme pour me dire : « Bonjour, je t’ai vue, mais laisse-moi du temps… » Il étire son corps souple. Il faut maintenant que sa maison suive le mouvement, et ce n’est pas chose facile. Alors me vient l’envie d’écrire ce que m’inspire cette coquille, construction improbable, stupéfiante par son ingéniosité… Je me découvre émerveillée devant cette petite maison que je croyais connaître pour l’avoir si souvent vue.
Petite spirale de pierre vivante,
tu n’es pas un palais, tu es un pays.
Tout l’été, quand le ciel devenait une fournaise
et que la terre se fendait en lèvres assoiffées,
tu as été le refuge d’un voyageur sans hâte.
Tu as été sa grotte, son dôme, sa maison natale
qu’il porte dans le dos comme on porte ses origines.Quarante degrés au-dehors, disaient les hommes en essuyant leurs fronts.
Mais sous ta voûte de calcaire,
l’escargot, replié dans ta chambre la plus intime,
retenait son eau, ralentissait sa vie,
attendait que la colère du soleil se dissipât.Tu es née de lui, pourtant — c’est le secret le plus tendre :
il t’a bâtie couche après couche,
avec le calcium recueilli au fil de ses jours.
Tu es son œuvre et il est ton hôte ;
on ne sait plus qui protège qui.La canicule a brûlé les pelouses,
courbé les feuilles et desséché les fleurs.
Mais toi, humble spirale,
tu es restée son abri.
Dans l’épaisseur de tes parois,
la matière vivante s’est unie au minéral
pour entourer ce corps si tendre.Et quand les pluies sont enfin venues,
il est sorti de toi, luisant,
ses cornes offertes à l’air humide.
Il a repris le chemin de l’allée,
avec cette lenteur qui me retient ce matin.Petite coquille, courtepointe de calcaire,
je te regarde comme pour la première fois.
Il étire son corps,
et tu suis le mouvement :
tout un pays avance à petits pas.