Hanna
29 Oct
29Oct

« Je n’ai pas le temps »

Combien de fois avons-nous prononcé ces mots alors qu’au fond, nous n’avions simplement pas envie ? L’excuse du temps est si courante qu’elle nous vient presque naturellement. Elle nous semble plus douce à entendre que l’aveu d’une absence d’envie. Nous voulons nous préserver tout en préservant l’autre. Alors, parfois, nous invoquons un empêchement. Bien sûr, le temps manque aussi réellement. Mais il arrive que nous nous abritions derrière lui, faute de trouver les mots pour dire ce que nous souhaitons. Parfois même, nous répondons avant de le savoir. Il suffit d’une invitation pour que plusieurs sentiments m’assaillent : Je n’aimerais pas décevoir cette personne, peut-être passerions-nous un moment agréable, peut-être aurais-je plaisir à la retrouver, mais j’avais aussi envie de garder ces heures pour moi. Une journée sans rendez-vous, un livre laissé ouvert, quelques occupations auxquelles je tiens, ou seulement l’envie de laisser les heures venir. Ce temps-là m’appartient aussi, je peux tout simplement ne rien avoir envie d’accomplir de particulier, ne pas savoir encore de quoi il sera fait. Parfois, c’est plus confus encore, je n’attendais personne, j’étais dans mes pensées, dans le cours tranquille de ma journée, et voilà qu’une place pour l’autre se propose avant même que je sache si j’ai envie d’y répondre. Je sens mon intimité un peu bousculée, sans qu’il y ait nécessairement eu d’insistance, ni même de maladresse. Dans cet instant, je ne sais pas toujours ce que je souhaite. J’aimerais pouvoir écouter ces mouvements divers, opposés, sans devoir aussitôt choisir les mots de ma réponse. Alors, suspendre le temps serait peut-être m’accorder ce bref silence. Laisser retomber la surprise, retrouver doucement mon envie, quelle qu’elle soit. Prendre ce moment pour réfléchir, laisser passer quelques secondes, parfois davantage. Tout ne nécessite pas une réponse immédiate. Ainsi lorsque notre souhait se précise, nous pouvons essayer de le dire simplement, avec délicatesse. « Aujourd’hui, j’aimerais rester tranquillement chez moi. » Ces quelques mots peuvent suffire. Et si nous le souhaitons, nous pouvons proposer une autre date, une autre heure de rencontre. Le plaisir de retrouver cette personne peut tout à fait cohabiter avec celui de garder cette journée pour soi. Cela paraît extrêmement simple. Et pourtant, c’est une attitude que j’ai mis des années à maîtriser. Savoir ce que l’on souhaite, s’autoriser à l’exprimer et trouver une manière de le dire qui respecte la personne en face de soi demandent de faire tenir beaucoup de choses dans quelques mots. Nous ne savons jamais tout à fait comment ils seront reçus. Mais nous pouvons prendre soin de les choisir, puis laisser à l’autre le temps d’y répondre. Peu à peu, j’apprends à habiter ce bref silence, à y laisser mûrir une réponse qui me ressemble. 

Faire se réunir en un seul instant le savoir-être avec le savoir-vivre relève d’un long et patient apprentissage.

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